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Entre gros titres et conséquences

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Avril 2026

 

«C’est une erreur capitale de formuler des hypothèses avant d’avoir des données.» — Sherlock Holmes1

Cet avertissement d’Arthur Conan Doyle a traversé les âges, car il s’applique bien au-delà du roman policier. Les gens ont tendance à vouloir expliquer rapidement les événements. Les marchés, eux, vont encore plus loin. Ils ne se contentent pas d’expliquer les événements : ils essaient de les traduire aussitôt en prix.

C’est ce qui a caractérisé le premier trimestre de 2026. Les propositions de droits de douane ont changé à plusieurs reprises de portée et de calendrier. À la fin du trimestre, le déclenchement d’un conflit militaire au Moyen-Orient a fait grimper les prix du pétrole et a entraîné une réévaluation rapide des anticipations d’inflation. Les rendements obligataires ont fluctué. Les marchés boursiers ont connu une chute, puis se sont partiellement redressés. Tout au long de cette période, chaque événement semblait exiger un jugement immédiat.

Pour les investisseurs à long terme, cela crée une tension bien connue. Un titre fait la une. Les marchés réagissent immédiatement. L’évolution des cours peut donner l’impression que la signification de l’événement a déjà été établie. Cependant, réactions initiales et conséquences ultimes sont rarement une seule et même chose.

LE MARCHÉ SE DOIT DE RÉAGIR

Les marchés sont conçus pour traiter rapidement toute nouvelle information. C’est l’un de leurs atouts. C’est aussi l’une de leurs limites.

Lorsqu’une proposition de droits de douane est annoncée ou qu’un choc géopolitique survient, les premières questions du marché sont générales et posées immédiatement. Est-ce positif ou négatif? Cela va-t-il stimuler la croissance ou l’affaiblir? Cela va-t-il aggraver l’inflation ou la modérer? Ces questions peuvent faire fluctuer les prix de manière considérable en peu de temps. Pourtant, elles ne nous renseignent pas toujours beaucoup sur la valeur à long terme des entreprises. Cette valeur dépend de ce qui suit.

Une mesure tarifaire peut être reportée, restreinte ou compensée par des ajustements de la politique monétaire. Une flambée des prix du brut peut s’avérer temporaire, comme elle peut se répercuter de manière plus durable sur les chaînes d’approvisionnement, les marges et les dépenses de consommation. Au début du conflit avec l’Iran, le marché pétrolier réagissait à chaque nouveau rapport en provenance de la région, alors qu’il était encore bien trop tôt pour savoir lequel des nombreux scénarios possibles allait prévaloir.

LE QUESTIONNEMENT DE L’INVESTISSEUR À LONG TERME

Lorsqu’on analyse un événement, il est utile de distinguer trois éléments : l’événement lui-même, la première interprétation qu’en fait le marché et l’impact éventuel sur des entreprises précises. En période de volatilité, ces trois éléments peuvent se confondre. Dans la pratique, ils sont souvent très différents.

Les premières questions du marché sont généralement larges. Celles de l’investisseur à long terme sont plus ciblées. Qu’est-ce qui a changé précisément pour une entreprise spécifique? Y a-t-il quelque chose qui affecte de manière significative sa capacité à générer des bénéfices, sa solidité financière, sa position concurrentielle ou la capacité de la direction à allouer efficacement le capital au fil du temps ?

Ce questionnement est plus exigeant. Il est également plus utile.

La difficulté réside dans le fait qu’il est souvent impossible de répondre à ces questions dès le premier jour. Dans les premières heures ou les premiers jours suivant un événement majeur, les cours peuvent réagir moins à une compréhension bien établie qu’à l’arrivée soudaine de l’incertitude proprement dite. Prenons l’exemple de la semaine qui a suivi les rapports initiaux faisant état de frappes sur des installations iraniennes critiques: le S&P 500 a chuté, l’or a bondi et le pétrole s’est envolé. En l’espace de quelques jours, certains de ces mouvements se sont partiellement inversés, les investisseurs commençant à distinguer les différents scénarios. Le marché n’avait pas tort de réagir, mais il réagissait à un large éventail de possibilités, non à un résultat connu.

En ce sens, la volatilité n’est pas toujours un verdict. Parfois, c’est simplement le signe que le champ des possibilités s’est élargi.

RÉÉVALUER À MESURE QUE LES FAITS SE PRÉCISENT

C’est là que la discipline dépasse le simple trait de caractère. Elle devient une méthode.

Durant les périodes de turbulences, il faut ni ignorer les nouveaux renseignements ni présumer que chaque réaction initiale du marché est juste. L’approche la plus judicieuse consiste à réévaluer les participations en temps réel, à mesure que les faits se précisent.

Cela signifie revenir aux principes fondamentaux. Qu’est-ce qui a réellement changé? Par quel canal ce changement affecterait-il l’activité? L’impact probable est-il temporaire ou durable? Affecte-t-il la demande, les coûts, les conditions de financement ou le comportement concurrentiel? Existe-t-il des forces compensatoires susceptibles d’atténuer le choc initial, telles que des mesures de relance budgétaire, une demande refoulée ou des effets de change?

Ces questions ne trouvent pas toujours de réponses rapides. Cela ne les rend pas moins importantes. Dans de nombreux cas, l’absence de certitude immédiate est précisément la raison pour laquelle un examen minutieux s’impose.

LES PLUS PETITES ENTREPRISES ET LA VALEUR AJOUTÉE LIÉE À LA QUALITÉ DES DIRIGEANTS

Cette discipline revêt une importance particulière pour les petites et moyennes entreprises. Ces sociétés peuvent être plus sensibles aux fluctuations des conditions de financement, de la demande des clients, des coûts des intrants ou des chaînes d’approvisionnement. Le cours de leurs actions peut également réagir plus vivement lorsque l’incertitude s’accroît, en partie parce que la liquidité baisse et que les écarts entre cours acheteur et vendeur s’élargissent précisément au moment où une évaluation sereine serait particulièrement nécessaire.

Par ailleurs, il s’agit souvent d’entreprises où le jugement de la direction, la flexibilité opérationnelle et la discipline en matière de gestion du capital peuvent faire toute la différence. Lorsque l’environnement devient moins prévisible, la qualité du leadership prend ainsi davantage d’importance, et non l’inverse.

C’est l’une des raisons pour lesquelles Pembroke continue à privilégier les entreprises de grande qualité dirigées par des équipes de direction compétentes et en phase avec les intérêts des investisseurs. Cela ne rend pas ces sociétés à l’abri de la volatilité. Toutefois, cela signifie qu’en cas de circonstances plus complexes, nous avons davantage confiance en leur capacité à s’adapter de manière judicieuse et à préserver la valeur à long terme.

LA CLARTÉ NÉCESSITE DU TEMPS

Il existe également un risque lié au comportement en période de volatilité. Une opinion exprimée avec rapidité et force peut passer pour une intuition éclairée. Parfois, elle s’avérera même juste. Malheureusement, avoir raison par la suite n’est pas la même chose que d’avoir disposé dès le départ de suffisamment d’éléments pour justifier la confiance démontrée d’emblée.

L’information récente à son importance. Certains développements peuvent modifier de manière significative les arguments en faveur d’un investissement. Néanmoins, il y a une différence entre prendre les événements au sérieux et présumer que leur portée est d’ores et déjà connue.

À mesure que nous avançons dans l’année 2026, il y a peu de raisons de s’attendre à un contexte plus calme. La politique commerciale reste instable. Le conflit au Moyen-Orient évolue. Les banques centrales naviguent dans un paysage inflationniste devenu plus difficile à décrypter. Les marchés, eux, continueront de réagir rapidement à chaque nouvelle évolution. Et c’est normal.

Pour les investisseurs à long terme, l’important n’est pas de se forger un avis le plus rapidement possible, mais bien d’établir l’avis le plus clair possible à partir des faits. Entre les gros titres et leurs conséquences, il y a souvent une période où les prix anticipent la compréhension des événements. C’est pendant cette période qu’il est le plus important de faire preuve de discernement.

 

1- Arthur Conan Doyle, «Un scandale en Bohême», Les Aventures de Sherlock Holmes (1892).

 

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